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Mémoire traumatique

Et fonctionnement limite à l’adolescence

29 mars 2019, Paris – IMM

Journée organisée par l’association AREA (Accueil et Rencontre de l’Enfant et de l’Adolescent) de l’IMM (Institut Mutualiste Montsouris).

« On sait combien l’adolescence est marquée par l’irruption de nombreux processus de transformations corporelles, psychiques et relationnelles. Ceux-ci, aux risques de l’étrangeté inquiétante ou intolérable, redistribuent les rapports entre appartenance et différenciation, entre le sentiment d’être une personne et l’angoisse de n’être personne, ils suscitent, par nature, un réaménagement qui pourra sembler et apparaître profondément désorganisateur.
Faut-il parler d’un traumatisme de l’adolescence ? Mais, surtout, de ce général vers la population singulière que nous accueillons dans nos unités de soins, de quelle manière, sur ce processus entraîné du pubertaire, les fonctionnements limites constitueraient-ils une déformation expressive ? Sont-ils des caricatures d’adolescents ? Sont-ils des empêchés d’adolescence après avoir été des " empêchés de latence ", c’est-à-dire de l’intériorisation d’une sécurité qui nourrisse l’espace temporisateur autant que créateur entre excitation et représentation ? La référence au psycho traumatisme, si régulière dans l’anamnèse de nos patients, pourrait constituer une clef pour mieux résoudre cette interrogation située sur la ligne de bascule entre continuité et discontinuité.
En effet, le fonctionnement limite, en particulier dans son expressivité borderline, est en concordance épidémiologiquement forte avec l’existence d’antécédents traumatiques, que ce soit dans l’actuel de l’adolescence, dans l’enfance voire au sein des interactions précoces. Le trauma parfois bien repéré peu de temps après la puberté, une agression par exemple, un abus, ranime ainsi, fréquemment, la notion de traumas anciens. La sémiologie limite, qui s’exacerbe davantage qu’elle ne se déclenche, entretient de plus des lignes croisées avec celle des troubles post-traumatiques, à l’exclusion même de psychotraumas repérés. Cette connexion d’intrigues nous semble devoir susciter une attention non pas tant autour du référencement volontiers comptable de dites " comorbidités " mais autour de l’hypothèse selon laquelle le fonctionnement limite répondrait d’un " noyau " traumatique irritant une compulsion à rencontrer le trauma.
Mémoire plus proche du corps que de la représentation, du réflexe que du réflexif, la cicatrice précèderait ce coup du trauma si régulier chez le patient limite à l’adolescence, celui-ci qui donne l’impression de filer le trauma (à la fois suivre et fuir) dans l’irrésoluble ambiguïté limite. Sur ce terrain, le soignant est d’ailleurs souvent amené à se poser la question : l’adolescent est-il allé chercher un trauma, ou bien celui-ci s’est-il imposé à lui ? " Les deux en même temps ", la réponse à cette interrogation, " qui n’a pas à être posée ", attesterait un dévoiement singulier du transitionnel et des formations intermédiaires du psychisme, dans une dynamique transgénérationnelle les confirmant vers certaines scléroses subjectives ainsi que vers une apparente traumatophilie. C’est entériner combien ce coup d’un trauma à l’adolescence, qui ouvre en général la possibilité du soin, serait héritier d’une longue histoire, souvent marquée de psychotraumas sinon d’une instabilité des liens et d’une difficulté chez les ascendants (depuis quand ?) à intégrer et transmettre sécurité et signaux d’alerte suffisamment bien accordés. Ce qui après la puberté, chez d'autres, se joue au-dedans du spectre de l'étrangeté, ici n'arriverait plus à se déjouer et le processus de subjectivation, même en ses plus subtiles marges, amènerait le patient limite à se retrouver dans le trauma.
Le Professeur François ANSERMET, président de cette journée, nous présentera le modèle de la neuroplasticité, lequel nous semble indispensable pour nourrir la réflexion sur ces liens entre trouble de personnalité, traumas et processus d’adolescence, également pour désigner pragmatiquement l’intérêt d’une thérapeutique relationnelle. Il nous fait le plaisir et l’honneur aussi de pouvoir intervenir tout le long du colloque et de conclure. Il discutera ainsi les exposés du Pr. Maurice CORCOS, du Pr. Thierry BAUBET qui insistera sur la dynamique transgénérationnelle, de Marion ROBIN qui évoquera l’épidémiologie, de Yoann LOISEL qui illustrera ces problématiques par quelques figures littéraires, celui également de Émeric SAGUIN qui confirmera la nécessité clinique, à partir d’une expérience singulière, de suffisamment déplier l’histoire de l’individu pour ne pas se laisser figer, nous aussi, par la massivité désubjectivante d’évidentes forces de frappe traumatiques. »

corinne.dugre-lebigre@imm.fr

Contact : IMM, Association AREA, Corinne Dugré-Le-Bigre, Département de Psychiatrie, 42 boulevard Jourdan, 75014 Paris – Tél : 01 56 61 69 80.

Programme "Mémoire traumatique"

Dernière mise à jour le 24/10/2018

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